La "Ville des Ponts"

Publié le par Michèle Pontier-Bianco/Albert BIANCO

Pont d'El Kantara  en 1899 - (Meisterdrucke)

Pont d'El Kantara en 1899 - (Meisterdrucke)

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Texte d'Albert Bianco

 Seconde édition : des images, des notes en plus

Si Constantine mérite son nom de " Rocher " , elle mérite aussi l'autre dénomination que beaucoup lui donnent : " Ville des Ponts " . Pouvait-il en être autrement pour les liaisons indispensables avec les débordements des faubourgs par-delà la grande coupure  naturelle des gorges ? Ayant poussé jusqu'à l'extrême bord des gouffres, des précipices et des ravins, la ville européenne devait indubitablement sauter dans le vide et s'étaler au-delà. 

Construire des ponts s'avérait nécessaire !

Construire des ponts s'avérait nécessaire !

L'une des premières entreprises françaises fut de consolider le seul pont existant : " El Kant'ra" , qui signifie en langue arabe " le pont " . Nous  avons fait un horrible pléonasme en le nommant  " le pont El-Kantara " . Survivance de l'époque romaine, ce pont d'Antonin était en bien mauvais état, mais ses bases solides semblaient défier le temps. Aussi le Bey Salah en fit-il entreprendre la restauration en 1792 - ( Architecte : Bartolomeo ) - . Plus d'un demi-siècle après, en 1857, il s'écroula et des  milliers de pierres allèrent se fracasser au fond du ravin, l'écho répercutant ce bruit infernal.

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La "Ville des Ponts"

Seules les bases demeurèrent. Sur les grosses pierres taillées, on voit encore une Vénus et également deux éléphants se heurtant de front, sculptés dans le calcaire. Il ne restait plus aux Français qu'à le reconstruire : un grand pont de pierre fut lancé. Ses flasques de fonte portaient dans les moulures un grand " N " entouré d'une couronne de lauriers, marquant la date de sa reconstruction, sous le  règne de Napoléon III , achevée en 1865.

Pont d'El Kantara - 1863 - (Structurae)

Pont d'El Kantara - 1863 - (Structurae)

Les malheurs de ce pont n'étaient pas finis.  En plein jour de l'été 1948 - (voir note de MPB) - alors que rien ne laissait prévoir la catastrophe, l'une des flasques de fonte se détacha d'un bloc et, dans un fracas terrible, alla se briser au fond des gorges causant la mort de malheureuses victimes qui se trouvaient à ce moment, dans la zone d'éclatement du métal. Du même coup, la conduite d'eau fut emportée, les lignes téléphoniques arrachées.  

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Un parapet fut improvisé en hâte et, de projet en projet le pont fut remis en chantier en l'élargissant. La deuxième flasque métallique ayant disparu, le pont 1952 sera une grande voie  mettant un trait d'union entre ces deux parties du berceau de la ville européenne : la partie basse de la rue Georges Clémenceau et le Faubourg d'El Kantara où se trouvent les plus anciennes des maisons européennes.

1952 - Le pont rénové a perdu ses dentelles de fonte : les flasques ...

1952 - Le pont rénové a perdu ses dentelles de fonte : les flasques ...

Vers la fin du dix-neuvième siècle, une liaison était jetée sur le ravin, sensiblement à la hauteur de " la brèche " : le Koudiat Sidi Aty, décapé à la pelle et à la pioche, ses terres allèrent remblayer le fossé profond qui le séparait de la ville. La voie était ouverte, les faubourgs Saint-Jean et Bellevue dépassaient très vite le petit plateau  où subsistaient  encore, du temps de ma jeunesse studieuse, de gros tas de blocs de grès rouge et du conglomérat - nommé poudingue -  sur lesquels j'ai fait mes premières armes d'observation des minéraux. 

Travaux d'arasement de la colline du Coudiat

Travaux d'arasement de la colline du Coudiat

Aujourd'hui, de grands blocs de ciment armé ont occupé toute la place, noyant dans leur masse "  l'E.P.S." de mes jeunes années ; elle-même, rajeunie et débaptisée se fait appeler maintenant : Collège Moderne. 

Très vite, le Pont - ( El Kant'ra ) - devenait insuffisant et le début de notre siècle voyait se réaliser deux ouvrages d'une grande hardiesse : la Passerelle Sidi M'Cid dont nous avons déjà parlé et, à l'autre extrémité des gorges, le grand pont de pierre de Sidi-Rached, du nom de la mosquée qui dresse son minaret tout près de  " la Grande Arche " . 

Passerelle Sidi M'Cid dite "Pont Suspendu" - El Watan

Passerelle Sidi M'Cid dite "Pont Suspendu" - El Watan

Pont de Sidi Rached et la Mosquée-Mausolée de Sidi-Rached

Pont de Sidi Rached et la Mosquée-Mausolée de Sidi-Rached

La Souika  blottie contre le Pont de Sidi Rached

La Souika blottie contre le Pont de Sidi Rached

Ce pont, avec ses vingt-sept arches , en plein cintre, passe les gorges d'une seule enjambée de quatre-vingt mètres, sa longueur totale atteint presque quatre-cent-cinquante mètres. Vers la ville, il semble retenir dans sa courbe les vieux quartiers pittoresques dévalant  dangereusement vers les bords du précipice. 

En bordure du gouffre se sont rassemblées les tanneries artisanales qui produisent ces cuirs fins et spongieux appelés " filali " , qui servent à tout un petit  peuple industrieux de brodeurs sur cuir, faiseurs de portefeuilles, de porte-talismans et fabricants de babouches multicolores. 

Passerelle Perrégaux - (Envato)  -  aujourd'hui :  Mellah Slimane

Passerelle Perrégaux - (Envato) - aujourd'hui : Mellah Slimane

Enfin, le dernier-né des ponts, réduction de la grande passerelle de Sidi M'Cid : la Passerelle Perrégaux, qui a dû être complétée par un ascenseur pour faciliter l'accès à la Rue Nationale, à la hauteur de la Grande Médersa aux riches coupoles couvertes de carreaux de faïence verte dont le vernis brille au soleil.

L'intérieur de la Médersa est  un véritable palais oriental moderne dont le charme réel réjouit la vue par la profusion des marbres, des carrelages multicolores, des boiseries de cèdre sculpté et finement dentelé ; un jet d'eau égrène sa chanson monotone dans une vasque entourée de petits palmiers. Les bureaux et les salles d'étude donnent tous sur l'immense hall d'entrée fermé par une lourde porte monumentale ...

A. Bianco

Les belles coupoles de la Medersa dominent le dernier des grands ponts de Constantine que A. Bianco a choisis pour cet article :  la Passerelle Perrégaux. Or, je l'ai décrite il y a juste un an le 29 Mai : je vous en indique le lien.  D'autres, moins importants, existent toujours. Ils seront cités par ailleurs ainsi que le récent Viaduc Salah Bey, "Pont à haubans".   

   Michèle Pontier-Bianco     

NOTES DE  M.P.B.

LE PONT D'EL KANTARA
Nous pouvons retenir que notre vénérable pont d'El Kantara date des Romains qui voulaient un chemin aisé pour entrer dans Cirta. Cet aqueduc à siphon devint célèbre.

Cinq auteurs Arabes médiévaux l'ont décrit  de façons fort détaillées mais ... différentes ! Toutefois ils sont unanimes pour louer sa grandeur étonnante.

Ecrivant un article pour mon blog, (Les quatre éléments) , je l'avais intitulé "Le Pont Phénix" ! On est surpris de la succession de malheurs et d'heures glorieuses qui marquèrent son Histoire.

Je rappelle les plus importants.

Salah Bey eut la bonne idée de le restaurer en 1792. Il comptait alors quatre arches de pierre. Ce fut sa période de gloire  ...

Mais en 1857 il s'écroula au passage d'un détachement de l'Infanterie Française ... Hélas !  Il fut reconstruit de 1860 à 1863.  En 1865 il brilla de nouveau sous Napoléon III .

 

 

Portes du pont supprimées en 1922

Portes du pont supprimées en 1922

En 1948 : Chûte de l'une des deux flasques.         Cet accident permit un élargissement qui fit du pont une grande voie entre la ville  et les faubourgs d'El Kantara et Lamy en 1952.

Nous lui souhaitons une bonne continuation ...    Inch'Allah !!!

LE PONT DE SIDI-RACHED

Paul Séjourné - (1851-1939) - Concepteur du Pont Adolphe à Luxembourg puis de notre Pont de Sidi Rached

Paul Séjourné - (1851-1939) - Concepteur du Pont Adolphe à Luxembourg puis de notre Pont de Sidi Rached

Pont Adolphe à Luxembourg - 14/07/1900 début de sa construction

Pont Adolphe à Luxembourg - 14/07/1900 début de sa construction

Pont de Sidi Rached en 2015 après réhabilitation - (Wikipedia)

Pont de Sidi Rached en 2015 après réhabilitation - (Wikipedia)

Grandes furent ma surprise et mon émotion de trouver devant moi MON Pont de Sidi-Rached, dès mon arrivée à Luxembourg ... Le concepteur en était Paul Séjourné également et il fut construit de 1900 à 1903. 

Le nôtre vit le jour de 1907 (ou 8 ) à 1912 et à cette époque, il était le plus haut pont du monde construit en maçonnerie de pierres.  Il avait 27 arches et 447 m. de long .  Mais il faut préciser que si c'était bel et bien en "pierre de taille "et il y eut aussi du béton armé  ; on dit que ces deux matières différentes n'ont pas la même résistance ...

Autres particularités expliquant les accidents qu'il subit :  côté ville, il reposait  plus ou moins sur les fameux "remblais " formés par les déchets que causa  l'arasement du Coudiat ; côté Gare, il fallut drainer les eaux souterraines venues du Mansourah, sujet aux glissements de terrain ...

Des gros travaux eurent lieu en1946 - en 2011 il fut fermé 70 jours - en 2015 ce fut pour 55 jours et par la suite on procéda à sa réhabilitation. Cependant,  en 2016 il fut fermé en Septembre ... 

 Le parcourir à pied, en prenant le temps de regarder le panorama qu'il nous offrait des deux côtés, était la plus passionnante des promenades du dimanche ...                                        

M.P.B.

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